Il y a sept ans, j’ai reçu Margaux Klein dans mon podcast. À l’époque, elle vivait à Malte, faisait six chiffres par mois, on parlait marketing éthique. Aujourd’hui, on se retrouve. Entre les deux, il s’est passé une vie de série Netflix : un château rose à 4,2M€ à Montreux, une Porsche, une Rolex au poignet, la levée de fonds, l’ascension fulgurante, le family office. Et puis tout s’écroule en huit mois. Elle quitte son château pour un studio de seize mètres carrés prêté par une copine. Courses à Aldi à pied. Et un an plus tard, elle reconstruit un business à plus d’un million. Cet épisode, c’est l’histoire la plus brute que j’ai eue dans Souverain depuis longtemps.
Sept ans après : retrouvailles avec Margaux Klein
Quand j’ai vu Margaux faire le buzz à nouveau sur les réseaux ces dernières semaines, j’ai eu un pic de trafic sur mon site. Les gens cherchaient des infos. Je me suis dit que c’était le bon moment pour qu’on en reparle. Parce que la dernière fois qu’on a tourné ensemble, c’était une autre vie. La sienne, et la mienne.
Elle avait quitté la France, elle était à Malte, elle dépassait les 100 000€ de profit par mois avec ses formations en ligne. Elle était une pionnière de l’infopreneuriat francophone. Quelques années plus tard, elle s’installe en Suisse, à Lausanne, lance le Groupe Klein avec son associée, puis Heritage.io, une plateforme de tokenisation pour le private equity. Lève 1,5 million sur fonds extérieurs. Achète un château rose à Montreux pour 4,2 millions d’euros. Construit un family office. Tout va vite, tout marche, tout brille.
Et puis, en huit mois, tout disparaît.
L’ascension : Groupe Klein, Heritage.io et le château à Montreux
Margaux arrive en Suisse en octobre 2019. Quelques mois plus tard, le COVID. Elle reste. Elle s’y plaît. Et elle pivote. Son modèle change : elle arrête le pur consulting et passe au private equity. L’idée est simple. Au lieu de facturer ses prestations à ses clients entrepreneurs, elle prend des parts dans leur business. En échange, elle apporte du réseau, du financement, parfois une équipe.
Ça cartonne. Très vite. En un an et demi, elle lève 1,5 million d’euros auprès de fonds extérieurs. Pas des clients à elle. Des investisseurs pro qu’elle convainc avec ses résultats. Elle cofonde Heritage.io, une plateforme qui tokenise les parts d’entreprises non cotées pour fluidifier le marché secondaire. Le ticket d’entrée descend, les frais de transaction baissent, les investisseurs peuvent revendre plus facilement leurs participations.
Sur le papier, le scénario est parfait. Elle voit grand. Family office, château, montres, Porsche. Elle s’achète une maison à 4,2 millions parce que c’est aussi un kiff. Elle a la trentaine, elle est millionnaire, elle est suivie par des dizaines de milliers de personnes, on l’invite sur des plateaux à Paris, elle rencontre Anne Lauvergeon, elle est partout.
On est en concurrence avec des agences qui ont cinquante, soixante personnes. Nous on est dix mais on dirait qu’on est cinquante. À chaque étape, pour chaque poste, il y a deux LLM. Margaux Klein
La chute en 8 mois : trois boîtes perdues, association toxique
Ce qui se passe, je vais te le résumer cash : son associée fait une réunion entre elle et elle. Décision prise sans Margaux. Du jour au lendemain, on lui retire son droit de signature, son droit opérationnel, son droit de représentation. Plus accès au compte. Plus accès aux actifs. Pourquoi c’était possible ? Parce qu’à la création des sociétés, Margaux n’avait pas encore son permis suisse. Officiellement, elle n’était pas résidente suisse. Donc structurellement, elle n’a pas pu sécuriser sa position comme elle aurait dû.
Résultat : en huit mois, elle perd ses trois boîtes. Plus l’immobilier qui était logé dans une des sociétés. La meuf qui faisait des plateaux télé, qui levait des millions, qui était la figure de proue du private equity suisse au féminin, se retrouve sans plus rien à son nom.
T’es la meuf successful. T’es devenue millionnaire avant trente ans. Et là tu fermes bien ta gueule. T’es dans un studio. Tu fais tes courses à fucking Aldi à pied. Tu vas dire quoi maintenant ? Allez, ferme ta gueule. Margaux Klein, racontant sa traversée du désert
Elle quitte le château. Une copine lui prête un studio de 16 mètres carrés. Puis une autre amie lui prête un studio de 30 mètres carrés mieux placé. Elle squatte. Elle n’a pas de logement à elle. Elle a quelques économies perso, juste de quoi tenir en réduisant son train de vie par dix. Elle qui dépensait sans compter recommence à compter chaque euro. Courses à Aldi. À pied.
Le conseil que Margaux donnerait à elle-même il y a 7 ans : “ne t’associe pas”
Je lui ai posé la question : si la Margaux d’il y a sept ans était là, qu’est-ce qu’elle te dirait ? Sa réponse a fusé sans hésitation.
Ne t’associe pas. Point. Margaux Klein
Et elle nuance, parce qu’elle est intellectuellement honnête. Elle a des amis qui sont associés depuis 5, 7, 10 ans et qui s’éclatent. Elle ne dit pas que l’association c’est de la merde par principe. Pour elle, c’était une erreur de personne. Pas la bonne personne. Mais l’erreur a coûté trois sociétés, des millions, et un an de reconstruction.
Ce qu’il faut entendre dans ce conseil, c’est moins l’anti-association que la prise de conscience : quand tu signes un pacte d’associés, tu signes ta vulnérabilité à la décision d’un autre. Et si l’autre devient ton ennemi un jour, tu n’as plus le contrôle. C’est exactement le genre de signal qu’on devrait apprendre à lire AVANT d’avoir tout perdu, pas après.
La reconstruction : Dieu, un coach, et la décision de vivre en dessous de ses moyens
Ce qui m’a frappé dans cet échange, c’est sa capacité à lâcher prise au bout de deux mois. Elle me l’a dit : “c’est Dieu qui décide. Moi mon rôle c’est d’être intègre, d’être moi, et de fournir des actions. Mais le résultat, c’est pas moi qui le décide.” Cette phrase, je la trouve immense. C’est exactement ce que beaucoup d’entrepreneurs n’arrivent pas à intégrer. On veut tout contrôler, et c’est ce contrôle même qui nous bouffe.
Margaux contacte un coach. Un mec qui avait vécu une période avec huissiers, qui avait failli tout perdre, qui s’était remonté. Elle se dit : un type qui a vécu ça peut me comprendre. Elle lui donne presque ses derniers euros. Six mois d’accompagnement. Soit ça marche, soit ciao.
Un an plus tard, elle refait plus d’un million de chiffre. Mais le business a changé. Avant, c’était du consulting + du private equity classique. Maintenant, c’est une agence done-for-you : elle place ses équipes chez ses clients (studio de tournage, monteurs, community manager, copywriter, technique). Plus lourd à structurer, plus de frais fixes, mais elle bosse avec des entreprises à un niveau qui l’éclate.
Et surtout, elle s’appuie massivement sur l’IA. Claude est devenu son associé silencieux. Les propositions commerciales qui prenaient 4 heures à fabriquer sortent maintenant en automatisé après un appel d’audit, dans un livrable que des agences à 5 000€ ne sortent pas. Son équipe de vente fait des diagnostics personnalisés, ferme à 30K€ le ticket, et tout ça avec une équipe ultra-réduite.
J’adore l’adrénaline, j’adore les problèmes, j’aime trop faire chier mes concurrents, j’aime trop débaucher des gens, j’aime trop travailler avec des gens meilleurs que moi. Margaux Klein
La vraie leçon : vivre en dessous de ses moyens, même quand tu peux flexer
C’est sans doute le passage le plus puissant de l’épisode. Margaux a découvert pendant sa galère qu’elle préfère vivre en dessous de ses moyens. Elle qui s’était acheté la maison à 4,2 millions, qui était dans le milieu suisse “bourgeois”, qui s’entourait de gens qui ne lui correspondaient pas, elle a réalisé qu’elle s’était trahie elle-même.
Aujourd’hui, elle économise, elle investit, elle fait plaisir à sa famille. Elle ne claque pas. Elle ne flexe pas. Elle vise les 30M€ de chiffre, mais avec une équipe de 10 personnes, pas 60. Parce qu’elle a compris que le truc qui rend heureux, ce n’est pas la dépense. C’est la cohérence avec qui tu es.
Pour celui qui m’écoute en bossant son business pour devenir millionnaire un jour : entends bien ce que Margaux dit. La richesse que tu imagines aujourd’hui n’est peut-être pas la richesse qui te conviendra. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il y a un lifestyle qui te rendra heureux. Cherche-le. Et sois heureux sur le chemin, pas juste à l’arrivée.
Ce que Margaux fait aujourd’hui (et pourquoi elle fait le buzz)
Margaux est revenue très active sur les réseaux. Elle parle cash, elle ne se filtre plus, elle assume ses contradictions, elle dit ce qu’elle a vécu sans enjoliver. Elle a sorti une vidéo sur “la manifestation” qui a fait beaucoup de bruit, je te laisse aller la voir sur sa chaîne et te faire ton propre avis dessus.
Ce que je retiens de cette interview, c’est qu’elle est en paix. Vraiment. Pas la paix marketée des coachs Instagram. La paix de quelqu’un qui a traversé le feu, qui a tout perdu, qui s’est reconstruit, et qui ne flippe plus parce qu’elle sait qu’elle peut le refaire. C’est exactement la définition de ce qu’on appelle être souverain.
Écoute l’épisode complet
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